Par Rodrigue Fenelon Massala
L’affaire Jewel Howard-Taylor soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations sur la manière dont la justice libérienne conduit la procédure engagée contre l’ancienne vice-présidente du Liberia. Ce qui interpelle particulièrement est la demande formulée par les avocats de Mme Taylor, qui souhaitaient obtenir les éléments du dossier afin de pouvoir préparer efficacement la défense de leur cliente.
Selon les éléments rapportés, la réponse de la justice aurait été que l’affaire se trouvait encore au stade préliminaire de l’enquête et que les autorités judiciaires ne disposaient pas encore de l’ensemble des preuves. Une telle situation oblige à se demander si une personne être arrêtée, publiquement présentée comme suspecte dans une affaire extrêmement grave et privée de liberté alors même que l’enquête serait encore en cours, et que les éléments de preuve ne seraient pas entièrement constitués.
Il ne s’agit évidemment pas de nier aux autorités leur droit d’enquêter sur des faits de trafic de stupéfiants ou de blanchiment d’argent. Les accusations portées contre Mme Howard-Taylor sont graves et doivent faire l’objet d’une enquête sérieuse, indépendante et contradictoire. Parce ces accusions sont graves, les garanties d’une procédure régulière doivent être scrupuleusement respectées.
L’arrestation d’une ancienne vice-présidente dont l’humanité et les droits ont été bafoués, suivie de son placement en détention, a nécessairement un impact considérable sur son image, sa réputation et son honneur. Même en présence d’accusations graves, une personne poursuivie demeure présumée innocente tant qu’une juridiction compétente n’a pas définitivement établi sa culpabilité.
Le véritable enjeu est donc celui de l’équilibre entre la nécessité de lutter contre la criminalité organisée et l’obligation de respecter les droits fondamentaux de la personne poursuivie. D’où certains observateurs et analystes de la région arguent, sur un fondement purement politique, que la procédure est une manœuvre visant simplement à réduire une femme politique de grande envergure.
Si les autorités se résistent à fournir les pièces nécessaires aux avocats de Mme Taylor pour la préparation de sa défense, une interrogation légitime va s’imposer : Quels éléments précis ont alors justifié la décision initiale de l’arrêter et de l’incarcérer ?
Cette question mérite une réponse claire de la part du gouvernement libérien.
Par ailleurs, il sied de noter qu’au début de ce mois de septembre, la veille de la libération de Mme Howard-Taylor à l’issue de la visite houleuse de l’ex-président George Weah à la prison centrale, le président Libérien a décidé de se séparer du ministre de la Justice et du procureur général adjoint. Même si l’entourage du président insiste sur le fait que les deux événements ne sont pas connectés, la coïncidence soulève des questions. Il y a ceux qui estiment que ces changements opérés en pleine procédure sont étroitement liés à l’affaire encore non résolue.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’affaire a déjà provoqué une forte controverse au Liberia. Le gouvernement affirme disposer d’éléments crédibles justifiant les poursuites, tandis que la défense conteste la manière dont la procédure est conduite. La justice doit désormais démontrer, preuves à l’appui, que cette affaire repose sur des accusations solides et non sur une décision politique ou une volonté de porter atteinte à la réputation d’une personnalité de premier plan.
La justice ne doit être ni un instrument de vengeance politique ni un outil de communication. Elle ne doit même pas être transformé en ‘‘lawfare’’. Elle doit être le lieu où les accusations sont démontrées, où la défense peut exercer pleinement ses droits et où la culpabilité, lorsqu’elle existe, est établie par des preuves. Dans l’affaire Jewel Howard-Taylor, c’est précisément cette exigence de transparence, de rigueur et de respect des droits de la défense qui doit désormais prévaloir.
Photo DR: 1-Mme Jewel Howard-Taylor, ancienne vice-présidente du Libéria 2-Jewel Howard-Taylor et l’ancien président George Manneh Weah 3- La visite musclée du président Weah à la prison de Monrovia

