Par Annette Makanga Biléléma et Salesh Achille Ngoma
Une personne a trouvé la mort et 24 autres ont été blessées, lundi en milieu de matinée, dans un accident de la circulation impliquant un bus du voyagiste Océan du Nord, vers Pounga (115 Km de Pointe Noire) dans la forêt du Mayombe.
Le bus, immatriculé 168 LR 6, transportait vers Brazzaville 63 passagers dont un membre de la force publique qui a perdu la vie, ainsi que 24 blessés admis au service des urgences de l’hôpital général de Dolisie (environ 50 Km de Pounga).
Une vidéo de 22 secondes, circulant sur les réseaux sociaux, montre des passagers qui se débrouillent à quitter l’habitacle sur fond de cris et de pleurs. Ces images confirment la violence de l’accident sans plus de détails. Dans un communiqué de presse, publié plusieurs heures après l’événement malheureux, la compagnie n’a pas fait mieux que de confirmer le bilan et présenter ses « sincères condoléances » à la famille du militaire décédé et dont l’identité n’a pas été révélée.
Selon Océan du Nord, l’accident est la conséquence d’une obstruction sur la RN1, causée par un véhicule tracteur attelé à une remorque.
« Le chauffeur du bus a été surpris à la sortie d’un virage vers le village Pounga par la présence d’un véhicule remorque faisant obstruction sur la quasi-totalité de la chaussée. En essayant de l’éviter, il a perdu l’adhérence, ce qui a causé un ripage : le bilan fait état de 24 blessés et 1 mort, » explique le service communication d’Océan du Nord.
Récidivistes dans l’excès de vitesse et la fuite après les accidents
Des témoins de l’accident affirment que le mastodonte roulait à vive allure et son conducteur n’aurait pas ralenti avant de prendre un virage dangereux aux alentours de la source de Pounga. La force centrifuge ayant agi sur le véhicule, l’a propulsé dans le bas-fond. Le conducteur de la puissante machine a pris la fuite dans une direction inconnue, pour échapper à la vindicte populaire.
Créée il y a environ 32 ans, la société Océan du Nord est devenue tristement célèbre ces dernières années, à cause de la fréquence des accidents mortels sur toutes les routes desservies dans le pays.
Les usagers décrivent le comportement des conducteurs comme très peu professionnel. Ils leur reprochent de rouler à tombeau ouvert, de pratiquer à la fois des dépassements abusifs et dangereux au mépris de la signalisation, mais aussi de prendre la poudre d’escampette au lieu d’appliquer les protocoles et règlements en matière d’accidents
Les Congolais, en général, questionnent la fréquence de ces accidents de la route qui impliquent plus Océan du Nord que ses compétiteurs, d’où l’ironie « Océan de la mort » ou « Océan des morts » pour désigner ce voyagiste dont les coûts des trajets sont plus abordables sur le marché.
« C’est le piège ! », clament les détracteurs de cette société ainsi que de nombreux citoyens raisonnables qui souhaitent que le gouvernement retire sans autre forme de procès l’agrément de cette compagnie. Océan du Nord devrait ensuite subir un audit technique approfondi sur les causes de cette récurrence des accidents qui ont déjà fait plusieurs dizaines de morts et de blessés.
Une tradition lugubre qui interpelle voyageurs et autorités
L’accidentologie de Océan du Nord, qui met en cause la qualification des chauffeurs et la qualité indésirable du matériel, révèle aussi que plus d’un accident sont survenus un lundi, un dimanche ou au mois de janvier.
Lundi 22 mai 2023, un bus de la société Océan du Nord et une semi-remorque sont entrés en collision à Kintélé, faisant 1 mort et d’importants dégâts matériels.
Lundi 19 février 2024 un bus Océan du Nord termine sa course dans un caniveau à cause des conditions climatiques. Les vies sont épargnées mais d’importants dégâts matériels sont constatés.
Lundi 7 octobre 2024, un bus de Ocean du Nord sans voyageurs a quitté la route entre Dolisie et Nkayi, causant d’importants matériels.
Dimanche 20 octobre 2019, un bus Océan du Nord, reliant Pointe-Noire à Brazzaville, s’est renversé à la hauteur du village Moukondo, à quelques encablures de Dolisie tuant 4 personnes et blessant 51.
Dimanche, 14 janvier 2024, près du village Ngamadzabala (Mayama), une personne a trouvé la mort en sautant du bus Océan du Nord, dans la panique consécutive à une crevaison. 8 autres personnes s’étaient blessées.
Dimanche 16 avril 2023, 5 morts et plusieurs blessés sont déplorés dans l’accident d’un bus Océan du Nord survenu dans les environs de Ngo sur la RN2.
Dimanche 12 novembre 2023, sur la RN1 aux encablures de Malélé, un bus Océan du Nord et un bus SF International croisent accidentellement le chemin d’un camion poids-lourd aux freins défectueux, faisant 1 mort et de nombreux blessés.
Le gouvernement doit réaffirmer son autorité
En avril 2023, dans la foulée de l’accident qui a tué 5 personnes à Ngo, une mission de contrôle du ministère des Transports a inspecté et évalué le parc automobile et d’autres installations de la société Océan du Nord.
Conduite par l’inspecteur général des Transports, Arnaud Jean Frédéric Daho-Mondzo, cette mission avait conclu que « l’usure des chauffeurs » était la principale cause des accidents des véhicules d’Océan du Nord.
«Le constat est que la société est bien organisée, mais l’erreur repose sur l’homme. Il y a l’usure au niveau d’utilisation des chauffeurs; ils n’ont pas assez de temps de repos. Le ministère des Transports va essayer de travailler pour reformer ce secteur, pas seulement à Océan du Nord mais dans toutes les sociétés », avait déclaré l’inspecteur à l’époque.
La Compagnie avait promis d’installer un dispositif de géolocalisation et des balises pouvant par exemple alerter les chauffeurs en cas d’excès de vitesse. Plus d’un an après, le doute plane sur la mise en oeuvre de ces mesures et le suivi, vu le nombre croissant d’accidents toujours liés à l’excès de vitesse et à la qualité des conducteurs.
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