C’est l’évènement dramatique qui traumatise encore la ville de Souanké dans le département de la Sangha, plusieurs jours après son déroulement. Le jeune congolais, la trentaine, est décédé des suites de la morsure d’une tête de vipère qu’il avait pourtant fini de dépecer. La sorcellerie pointée.
La scène, filmée par des jeunes qui ont maîtrisé la vipère heurtée par leur véhicule, révèle un homme en train de dépecer un serpent dont la tête est détachée du reste du corps. Il ouvre le ventre du reptile, plein de graisse ; selon les commentaires de ses collègues et visible dans la vidéo.
« Je l’ai prise par ma roue avant et les deux roues arrière », peut-on entendre le chauffeur d’un tricycle se vanter dans la vidéo, alors qu’une autre voix dans la foule explique qu’en période de pluie ces reptiles ne manquent pas dans la zone.
Le dépeçage continuait dans la pénombre du soir, dans une atmosphère empreinte de gaieté malgré les contorsions intrigantes du corps du serpent éventrée dont la taille ferait penser à un Bitis gabonica, la vipère du Gabon aux crochets géants ; reconnue comme la plus grosse vipère du monde.
Pourtant, la joie de ce groupe d’amis allait bientôt basculer. Un membre de l’assistance ayant remarqué que le pied droit du dépeceur se rapprochait trop de la tête décapitée attira son attention : « Attention, noko (oncle en langue lingala) ! Attention ! » alors que celui-ci finissait juste de couper la queue du reptile.
Les secondes suivantes, un cri de détresse va soulever l’émotion et la panique de la foule. Il a peut-être aussi définitivement ôté l’appétit de la viande de reptiles aux membres du groupe.
« Aie ! mama ! mama ! » s’est écrié le dépeceur en s’apercevant que la tête décapitée du reptile a bondit sur sa jambe droite et l’a mordu près de la cheville.
« Il doit aller vite à l’hôpital », lance un ami tandis que d’autres estiment qu’il faut aller chez le commerçant du coin chercher une ‘‘pierre noire’’ (antidote contre les morsures de serpents). D’autres encore pensent qu’il faut couper une partie de la chair du serpent et la remettre à la personne mordue, selon la tradition.
La panique est générale. C’est la course contre la montre. Chaque minute compte pour maitriser la progression du venin vers le cœur, mais les techniques sont inadéquates. Un garrot est placé juste au-dessus de la cheville droite du malade avant de l’embarquer sur une moto qui l’a transporté vers le centre de santé le plus proche.
L’homme n’a pas survécu à la morsure de cette tête de vipère, laissant derrière lui une famille dévastée et inconsolable.
Dans la ville de Souanké, les théories ont fleuri. Les superstitieux pensent que cette vipère est le totem d’un sorcier qui s’est ainsi défendu en mordant le jeune homme. Quelques personnes raisonnables croient qu’il s’agit juste d’une morsure normale mais manquent d’arguments pour expliquer comment la tête décapitée d’un serpent dépecé peut bondir et mordre une personne.
Selon plusieurs sources scientifiques, une tête de vipère décapitée peut mordre par réflexe et injecter du venin.
Le réflexe de morsure est extrêmement fort chez les serpents venimeux car leur instinct les pousse à mordre très rapidement, rapporte Stephen Leahy du magazine National Geographic qui a lu de nombreuses recherches scientifiques à ce sujet.
Bruce Jayne, professeur de biologie à l’Université de Cincinnati aux Etats Unis, explique que les cadavres de serpents se continuent de se contorsionner pendant plusieurs heures après leur mort.
« Ce comportement étrange est lié au système nerveux préprogrammé pour effectuer certains mouvements sans que le cerveau n’ait besoin d’envoyer un signal. Ainsi, une tête de serpent venimeux décapité est programmée pour mordre en réponse à un stimulus – comme quelqu’un qui tenterait de la ramasser », affirme-t-elle.
Cette affirmation du professeur Jayne est la parfaite illustration de la situation de Souanké.
Très mobile pendant l’opération de dépeçage du reptile, la victime a déplacé sa jambe droite vers la tête au repos, dans un mouvement brusque. La réaction à ce stimulus a été le bond de la tête suivi de la morsure fatale.
Photos screenshoot: le serpent avec sa tête décapitée

