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Accueil SOCIÉTÉDes quartiers de Brazzaville étouffés par les ordures et leurs odeurs attendent toujours un sauveur (Reportage par Sherys Perfection Kervich)

Des quartiers de Brazzaville étouffés par les ordures et leurs odeurs attendent toujours un sauveur (Reportage par Sherys Perfection Kervich)

par Sherys Perfection Kervich
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Brazzaville, la capitale du Congo, continue de faire face à l’insalubrité dans plusieurs quartiers ; où des tas d’immondices s’amoncellent et transforment les rues en décharges à ciel ouvert, au grand désarroi des populations et des commerçants à la fois organisateurs et victimes de ce foutoir.

Malgré les promesses et les initiatives lancées par les autorités municipales et gouvernementales pour freiner l’exacerbation, la situation ne fait qu’empirer.

Dans l’avenue de l’OUA, à proximité de l’Église Évangélique du Congo et du marché Total, une vaste marée d’ordures infectes s’étale sur plusieurs mètres. Les passants, les vendeurs ambulants et les commerçants vivent un quotidien parfumé par les odeurs nauséabondes qui se dégagent des déchets en décomposition. Le bruit des klaxons de taxis et autobus en cette journée ensoleillée, accompagné du doux vacarme des vendeurs ambulants de pains criant créent un tourbillon qui pousse parfois à la colère, mais les uns et les autres restent concentrés sur la recette plutôt que sur le décor environnant. 

Bouchant les narines avec une main, et invitant les acheteurs avec l’autre, un vendeur de pains se déchaîne : « Pain chaud, 100f, 100f ! Pain chaud ! » A côté, des chargeurs de bus sont justes très occupés à remplir leurs véhicules ; « La ville, la gare, Poto-Poto … Hôpital, marché Moungali … la DEC, rectorat, rond-point Moungali… Aéroport, Moukondo, Mazala… » tandis que les passant et les clients passants se pincent les narines et crachent le long de leurs trajectoires, gênés par la puanteur persistante.

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Pour ajouter au pire, en public, presque sous le regard de policiers stationnés à quelques mètres ; deux jeunes pousse-pousseurs s’arrêtent et de se mettent à uriner   sans gêne sur un tac d’ordures, qui prospérait au pied d’un bac abandonné. Les stridents coups de sifflets des policiers n’ont pas suffi pour feutrer le bruit vulgaire de leurs puissants et longs jets d’urines. « Tchorrrrrrrrrrrr », pouvait-on entendre à quelques mètres sous des regards médusés de spectateurs partagés entre sourire honteux et envie d’interpeller.

Ce tableau désagréablement nauséabond constitue un risque sanitaire sérieux face à la prolifération des mouches, des moustiques et autres vecteurs de maladies infectieuses.

« Nous respirons cette puanteur du matin au soir. Les enfants sont malades, et nous-mêmes, nous n’arrivons plus à vendre tranquillement. On se demande si nos autorités voient ce que nous vivons ici », confie Clarisse, vendeuse au marché Total qui reconnait qu’il faut s’y habituer « pour pouvoir mettre la marmite au feu. »

Même constat dans l’avenue Simon Kimbangu, près du marché Commission, où une colonne d’ordures s’étire le long du bitume. Parfois, ces tas d’immondices bloquent la circulation et forcent les passants à se frayer un chemin au milieu des détritus. Des enfants, insouciants, pieds nus, jouent près de ces décharges ; exposés aux microbes, aux déchets toxiques et même aux objets tranchants, piquants et contondant qui s’y trouvent.

« Regardez cette route ! On marche entre les ordures et les voitures. Personne ne vient nettoyer, moi qui fais mon petit commerce à côté, je respire cette mauvaise odeur le long de la journée », s’indigne Dieudonné un jeune tenancier de cabine téléphonique, à côté.

Dans de petits groupes, les commentaires et les attaques des riverains sont orientés vers les autorités publiques, alors que ces mêmes populations continuent consciemment d’empiler leurs déchets quotidiens.  

« Ici, c’est devenu un dépotoir. La route était déjà pleine de trous et maintenant elle est pleine d’ordures. Le soir, ça sent tellement mauvais qu’on préfère rester enfermés », explique Roger, habitant du quartier Diata, qui n’échappe pas aux tenailles de l’insalubrité.

Là, au milieu de ce décor, des jeunes du quartier s’adonnent à une collecte des ordures plastiques parmi les déchets, pour les besoins de recyclage. Ils en récupèrent pour les revendre au kilo à une société de transformation de plastique, probablement INDUCO, qui paie de modique sommes aux collecteurs des plastics usés.

En général, l’incapacité à gérer les déchets est en train d’accélérer la dégradation de la qualité de vie en accroissant les risques sanitaires. Les maladies hydriques, les infections respiratoires et les épidémies saisonnières deviennent une menace réelle pour les populations vivant dans ces environnements. L’image de Brazzaville en pâtit également, ce qui pourrait entraîner des conséquences sur le tourisme et l’attractivité économique de la ville.

Il y a quelques mois, le ministre Juste Désiré Mondelé a lancé un plan anti-insalubrité censé redonner à Brazzaville un visage propre et sain. Mais aujourd’hui, le constat est amer, les ordures ont pris le dessus.

Avant cela, la société Averda, chargée de la collecte des déchets, peinait déjà à contenir le problème, malgré le dévouement de ses agents. La fermeture de cette entreprise a laissé un vide que les services municipaux n’ont jamais réussi à combler.

« Au temps d’Averda, ce n’était pas parfait, mais au moins les ordures partaient. Maintenant, c’est chacun pour soi. Les gens jettent partout et personne ne dit rien », regrette Mireille, vendeuse ambulante de yaourts au marché Commission.

Devant ce tableau lamentable qui fait craindre pour la santé et l’image de la ville, des citoyens honnêtes se demandent s’il n’est pas arrivé le moment d’instaurer une taxe de propreté assortie de sanctions contre les comportements inciviques. Dans de nombreux pays, ce type de taxes permet de sanctionner les indélicats en générant des fonds pour l’entretien des communautés.

« Si on mettait une amende à ceux qui jettent n’importe où, ça changerait peut-être les mentalités. Nous aussi, on doit apprendre à respecter notre ville », estime Serge, étudiant de l’Université Marien Ngouabi, flânant aux abords du quartier Mpissa.

Le problème de la gestion des déchets à Brazzaville reste un défi majeur qui nécessite des actions concertées et durables. Au-delà de l’enlèvement régulier des ordures, il est urgent de mettre en place des campagnes de sensibilisation sur l’importance de la propreté et du respect des espaces publics.

Photos Lesdefisducongo.com: Décor apocalyptique des décharges publiques en pleine ville de Brazzaville

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