Par Achille Salesh Ngoma
Alors que le public sportif congolais se prépare à célébrer les Diables Rouges qui font leurs derniers réglages, avant le début des hostilités du CHAN Tanzanie-Kenya-Ouganda; la ‘‘guerre footballicide’’ entre le ministère des Sports et la fédération a été relancée de manière sournoise et ahurissante.
Dans un communiqué publié le 28 juillet, le comité exécutif de la Fédération congolaise de football (FECOFOOT) a décidé de ne pas envoyer de représentants dans la délégation congolaise au Championnat de football qui se joue du 2 au 30 août.
« Cette décision est consécutive à la non-prise en compte par le ministère en charge des Sports de tous les noms de ses représentants proposés par le comité exécutif de la FECOFOOT», souligne le document dans lequel la fédération juge surprenante la décision du ministère.
La fédération rappelle que « la qualification du Congo à ce CHAN est le fruit d’une bataille judiciaire engagée à ses frais par le comité exécutif de la FECOFOOT au moment où tout semblait être perdu, après notre disqualification au profit de la Guinée équatoriale à cause des errements de l’ancienne et illégale commission ad hoc ».
Selon le Comex de la fédération, de tels actes sont de nature à rebuter l’enthousiasme suscité par la levée de la suspension du Congo par la FIFA. Ils sont un frein au processus de relance du football Congolais victime de huit mois d’hibernation pour des raisons inavouées.
« Le comité exécutif de la FECOFOOT s’étonne de cette attitude qui s’assimile, à n’en point douter, à une volonté de nuire, sous l’emprise de la haine, à des personnes spécialement ciblées, au mépris des lois et règlements de la République qui privilégient le vivre-ensemble. En ce qui le concerne, le comité exécutif de la FECOFOOT restera attaché à sa mission principale qui est celle d’œuvrer au développement du football congolais », martèle le communiqué en attaque frontale contre l’autorité ministérielle dont les micmacs autour de ce sujet ont conduit jusqu’à une interpellation des leaders de la fédération par la Centrale d’intelligence et de documentation (CID).
Le Congo qui s’est relancé dans cette compétition comme par un coup de bâton magique, au moment où la Guinée Equatoriale était partie pour occuper sa place, a bataillé fort pour éviter une radiation par la FIFA ; après des mois de conflit entre la fédération de football et le ministère des Sports favorable à la mise en place d’une commission ad ’hoc en violation des règlements de la FIFA.
Le 6 février 2025, la Fédération internationale de Football Association (FIFA) a annoncé dans un communiqué la suspension immédiate de la Fédération Congolaise de Football (FECOFOOT) pour violation des textes et ingérence de tierces parties dans les affaires de la fédération.
« La FECOFOOT est suspendue avec effet immédiat en raison de l’ingérence de tierces parties dans les affaires de la fédération, une situation particulièrement grave qui va à l’encontre des obligations de la FECOFOOT au regard des Statuts de la FIFA. Cette décision a été prise en accord avec la CAF, après que deux missions conjointes FIFA/CAF ont été dépêchées à Brazzaville », expliquait le communiqué.
La FIFA faisait exigence au ministère des sports de rendre à la FECOFOOT l’intégralité de ses infrastructures notamment son siège, le centre technique d’Ignié et toutes les autres installations ; de renoncer à toute tentative de modification des signataires autorisés des comptes bancaires de la fédération et laisser la gestion financière entièrement rétablie en faveur des personnes reconnues par la FIFA et la CAF.
La FIFA avait aussi sommé le Congo d’invalider toute décision judiciaire ou administrative accordant à la commission ad hoc un contrôle ou une autorité quelconque sur la FECOFOOT ; et de coopérer pleinement pour permettre à la FECOFOOT de gérer ses affaires courantes sans subir d’influence.
Quatre jours après cette décision, le ministre de la Jeunesse et des sports, Hugues Ngouelondélé, est monté au créneau dans une conférence de presse essayant de banaliser la sanction de la FIFA et d’en tirer profit sous le couvert du patriotisme.
« Le Congo est un pays souverain et lorsque son drapeau est souillé à cause du football, le patriotisme s’impose et il ne s’agira pas de protéger certains individus car ce sport est national », avait-il déclaré avant de se demander si la sanction de la FIFA ne constituait pas une « une opportunité permettant de rompre définitivement avec les déviances du passé et bâtir une nouvelle gouvernance du football. »
« Depuis 2018, quels sont les résultats du football congolais ? Lorsque le championnat national ne marche pas, qui est le responsable ? Est-ce que le championnat est organisé par le ministère ? Nous avons une équipe qui est toujours championne au niveau national depuis six ans mais, sur le plan continental, elle ne gagne même pas deux matches. Notre équipe nationale est remplie des joueurs de la diaspora au moment où elle devrait être composée essentiellement des joueurs du championnat congolais, est-ce normal ? » avait-il attaqué.
Le 9 mai 2025, un jugement du Tribunal de grandes instances de Brazzaville a décidé de réhabiliter le Comité exécutif de la FECOFOOT dans ses prérogatives, annulant toutes les dispositions qui reconnaissaient à la ‘’commission ad hoc’’ montée par le ministère, le droit d’exercer toute autorité sur le football congolais depuis le 30 septembre 2024.
Ce rendu judiciaire était attendu de pied ferme par tous les Congolais pour éviter au pays une dramatique radiation des effectifs de la fédération internationale de football association (FIFA), tel que le stipulait le 4e point de l’ordre du jour du 75e congrès de l’instance internationale de football de mai 2025.
Après cette décision de justice, Le secrétaire général de la FIFA indiquait par décision du 14 mai 2025, que « le Bureau du conseil de la FIFA a décidé de lever la suspension de la FECOFOOT avec effet immédiat. » Le Congo a aussi démontré devant le tribunal de la FIFA, base de données à l’appui que le joueur ayant valu au pays le forfait disqualifiant avait une licence conforme au match aller, contrairement aux allégations de la Guinée Equatoriale qui accusait la FECOFOOT d’avoir enfreint l’article 39 des règlements du CHAN, pour n’avoir pas présenté des licences nationales en cours de validité.
Après considération des arguments du Congo, la CAF a tranché en faveur des Diables Rouges qui ont rejoint une nouvelle fois le Sénégal, le Soudan et le Nigeria dans le groupe D du CHAN.
Ce fut le soulagement, mais pas la fin des ennuis de la FECOFOOT qui a respiré le parfum de la persécution les jours suivants.
En effet, attendus à Asunción au Paraguay où se tenait du 15 au 17 mai 2025, le 75e congrès de la fédération internationale de football association (FIFA), le président de la fédération congolaise de football (FECOFOOT), Jean Guy Blaise Mayolas et son secrétaire général Badji Mombo Wantété n’ont pu s’y rendre à cause d’une interdiction de quitter le territoire Congolais, sans explication par la police des frontières.
Une source anonyme avait révélé à ‘‘Les Défis du Congo’’, que la police des frontières n’avait pas reçu l’ordre de lever l’interdiction de quitter le territoire qui frappait les responsables de la Fédération pendant les mois de crises avec la commission ad ’hoc et le ministère des Sports.
Deux semaines après cette déconvenue, le mercredi 28 mai, MM. Mayolas et Mombo Wantété ont été convoqués par la commission permanente d’enquête de la centrale d’intelligence et de documentation (CID), pour être entendus au bureau du colonel Alfred Assangotoua.
Sur les deux convocations estampillées « Confidentiel », dont ‘‘Les Défis du Congo’’ avait obtenu des copies, aucun motif n’était mentionné.
Un jour avant l’émission desdites convocations, le 26 mai, un communiqué de presse de la fédération, signé par le secrétaire général Badji Mombo Wantété accusait le ministère des Sports de vouloir instrumentaliser contre elle la justice et les services de l’Etat (CID).
« Le ministère des Sports s’emploie à vouloir instrumentaliser la justice congolaise et les services de l’Etat (CID) dans une procédure voulue par ce département, portant sur la gestion des fonds de la FIFA par le Comité exécutif de la FECOFOOT », avait écrit Badji Mombo Wantété qui révélait aussi une campagne de dénigrement dirigée contre la FECOFOOT, sur les réseaux sociaux ainsi que des manœuvres du ministère des Sports visant à bloquer la reprise des activités et « à instrumentaliser la justice congolaise et les services de l’Etat ».
Devant toutes ces difficultés, les dirigeants de la FECOFOOT n’ont pas désarmé. Ils sont plutôt allés à la rencontre des acteurs et partenaires du football congolais avec la seule ambition de relancer et développer le football congolais. Une équipe a été convoquée à Ignié en vue de préparer le CHAN en attendant la relance d’un championnat national digne de son nom.
La rentrée en compétition de ces Diables Rouges, le 5 août au Amaan Stadium de Zanzibar contre le Soudan, est le premier défi majeur de la FECOFOOT. Les Congolais affronteront le Sénégalais le 12 août, puis les Nigérians le 19. La délégation congolaise quitte Brazzaville le vendredi 1er août pour Zanzibar en Tanzanie, indique-t-on.
Images DR/FECOFOOT: 1-Siège de la FECOFOOT 2,5,8-Les Diables Rouges en regroupement à Ignié 3,6- Le pré sident et le SG de la FECOFOOT 4-Le ministre de la Jeunesse et des sports, Hugues Ngouelondélé 7- Les convocations des leaders de la FECOFOOT à la CID

