Par Achille Salesh Ngoma
Le chef des terres Piolé, Joseph Nzila Lipouma, rappelé à Dieu en 1980 à l’âge de 73 ans a été honoré dans son village de Oubouessé (à 15 kilomètres au Nord de Mossendjo) par sa descendance biologique constituée de ses enfants, petits enfants, arrières petits-enfants, neveux, nièces, ainsi que les “beaux” et les “belles”; sous la conduite du professeur Jean de Dieu Bolzer Nzila, enseignant-chercheur à l’Université Marien Ngouabi et deuxième fils biologique de l’illustre chef traditionnel.
Pendant une semaine, la vie du patriarche Nzila Lipouma a été célébrée à travers des échanges sur son règne, sa rigueur morale, son sens de l’humour, son humanisme et son attachement à la justice et l’équité pour tous les citoyens de ses terres; issues principalement des ethnies Tsangui, Punu et Nzébi.
La célébration a connu son climax les 7, 8 et 9 août avec la construction de la pierre tombale, 45 ans après la mise en terre du chef dans son village natal et siège de sa chefferie.
« Pourquoi si tard? », se sont demandé des arrières petit-fils curieux. En effet, selon sa volonté, le défunt chef; qui incarnait l’unité et le rassemblement, avait toujours rêvé de funérailles largement inclusives regroupant le maximum possible de ses descendants. 2025 a été la première occasion qui a permis à plus de 90 pourcent d’entre eux de se prononcer en faveur d’une retrouvaille d’envergure. Ils sont partis de l’occident, de Brazzaville, de Pointe Noire et d’autres villes du Congo.
« Merci infiniment aux neveux, enfants, petit-fils, beaux-fils et belles-filles de Nzila Lipouma qui ont rendu, durant 3 jours, un hommage vibrant au patriarche par leurs contributions et leur participation aux manifestations. Ils ont reconnu avoir le bonheur de bénéficier des bienfaits de ce grand Homme », a déclaré le chef de la délégation et un des héritiers de chef Nzila Lipouma, le professeur Jean de Dieu Bolzer qui a humblement rappelé à ses proches que c’est en pareils moments qu’on reconnaît les vrais membres de la famille.
Alors que les maçons coulaient la dalle, montaient les briques et posaient les carreaux les uns après les autres; les membres de la famille assis autour, lisaient chacun sa page du grand livre d’histoire qu’est la vie de chef Nzila Lipouma.
Sur les visages des arrières-petits enfants on pouvait lire la joie d’apprendre une partie de leur généalogie ou même l’indifférence face à une histoire qui se connecte difficilement à leur vision du monde. Cependant, il y avait plus de visages qui ont brillé de joie en écoutant le flot de souvenirs qui présentaient un homme que tout le monde souhaitait incarner.
C’est le Bolzer Nzila qui a ouvert la première page. Il a indiqué que son père était un illettré pas comme les autres. Il était très instruit. « Il m’apportait toujours le journal le Point. Il connaissait les bons livres, les bons journaux, les bonnes lectures, et insistait en nous disant “je vous montre le chemin de l’école.” Nous devrions donc réussir dans les études, car il s’est investi comme tout bon parent sait le faire », a-t-il expliqué en relevant que c’est dans le journal le Point qu’il a eu son alias Bolzer qui fut un éditorialiste dudit journal. Le journal qui lui a permis de connaître le monde à bas âge.
Un des petits enfants s’est rappelé de la tenue kaki de la gendarmerie française et du casque colonial que portait le chef Nzila; un cadeau reçu d’un de ses amis gabonais qui a servi pendant la colonisation. «Toujours propre et bien repassée, les gens venaient d’autres villages pour lui demander l’histoire de cette tenue qui l’identifiait, définitivement.»
« Il respectait chaque individu et appliquait la justice sans distinction d’ethnies ou de statut social. Les étrangers de passage et les visiteurs étaient toujours les bienvenus. Le chef prenait soin de tout le monde », a-t-il rappelé.
Lorsque des étrangers visitaient, ses serviteurs s’occupaient d’eux et devaient s’assurer qu’ils repartent satisfaits du séjour à Oubouessé, a-t-il ajouté.
« La table du grand-père était toujours bien dressée. Il n’utilisait pas n’importe quel couverts. Les siens étaient importés de France et toujours bien soignés. Dans sa maison, il y avait à boire et à manger pour tout le monde. On mangeait à notre faim », a confié un autre petit-fils.
Les heures d’échanges autour de la tombe du patriarche des Nzila ont permis à des frères, des cousins, des beaux frères, belles sœurs qui ne s’étaient jamais vus auparavant, de se familiariser et de raffermir leur lien de parenté.
Cette rencontre était aussi l’occasion pour le professeur Bolzer Nzila de remettre un important lot de matériels à la jeunesse du village Oubouesse dont des équipements sportifs et des ballons de football.
Situées dans le territoire de la Nyanga-Louessé, les terres Piolé s’étendaient de Moumbelo (actuel Oubouessé) jusqu’à la frontière avec le Gabon en direction de Moungoundou et Mbinda. Ces terres étaient peuplées par les Tsanguis, Punus et Nzébis. Selon certaines sources, il s’y greffaient aussi des peuples Bahumbu et Téké aujourd’hui fixés dans des villages comme Boupanda, Kisiélé, Vouka; entre autres.
Photos JJJS/RS: Les descendants du Patriarche Nzila Lipouma dans un moment de communion inédit à Oubouessé, près de Mossendjo, dans le département du Niari.

