Par Achille Salesh Ngoma
En face de candidats incertains dont le manque de charisme, l’inexpérience politique et la faiblesse du portefeuille constituent des écueils sur le chemin vers le Palais présidentiel, Denis Sassou Nguesso apparaît comme le seul et grand bénéficiaire de la capitulation de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), du Mouvement congolais pour la démocratie de le développement intégral (MCDDI) et de l’Union des démocrates humanistes-Yuki (UDH-Yuki); les seuls partis politiques capables de créer un choc électoral en face du Parti congolais du travail (PCT) au pouvoir de façon discontinue depuis 1997.
A la vue des déferlantes rouges et bleus sur l’étendue du territoire national, on se demande bien si le discours qui vilipende le bilan du PCT passe dans l’esprit des populations ciblées par les activistes anti-Sassou. Au contraire, vent debout pour sa réélection, Denis Sassou Nguesso et sa campagne ont réussi à mailler tous les départements du pays afin de capturer jusqu’au dernier électeur disponible à la dernière minute des opérations de votes.
L’absence du MCDDI, allié du PCT et l’UPADS, qui est vue par les Congolais comme une sous-traitance politique du parti au pouvoir ; a créé de grands réservoirs d’électeurs neutres. Ceux-ci se retrouvent à la croisée des chemins devant un candidat que l’opposition accuse de n’avoir rien réalisé pendant les 5 dernières années et des inconnus inexpérimentés dans les mains desquels on ne peut laisser basculer le pays, selon le camp du président sortant.
Si le MCDDI explique son éclipse en brandissant les clauses de la majorité au pouvoir, l’UPADS, elle, se cache derrière ce que le président de son Conseil national considère comme « le respect des prérequis démocratiques, la liberté et la diversité d’opinions, l’indépendance de la justice et l’implication d’observateurs indépendants. » L’UDH-Yuki, qui rejette les accusations de capitulation estime que les résultats des sondages internes et la vision collective de son bureau politique ont convaincu Jospeh Badiabio, candidat naturel du parti, à ne pas se présenter à la présidentielle de 2026. Cependant, elle affirme rester ouverte au dialogue.
Nécessité pressante d’un réel dialogue national
Dans un entretien avec ‘‘Les Défis du Congo’’, un sexagénaire qui s’identifie sous le nom de Yondot, militant de l’UPADS depuis 1992, a révélé voter pour Dave Mafoula tout en admettant que son vote sera dilué car il est conscient que « le jeune homme ne peut pas gagner devant l’éléphant de la piste, Denis Sassou Nguesso. »
Pour lui, obéir à sa conscience est la seule motivation de sa participation au processus électoral en cours. Mais au-delà, il suggère que Sassou Nguesso qui bénéficiera des voix des ‘‘électeurs errants’’ de l’UPADS, du MCDDI, du RDD, de Yuki et bien d’autres Congolais qui ont soif de paix et de progrès, initie un vrai dialogue entre tous les enfants du pays.
« Nous sommes fatigués des dialogues en demi-terrain comme nous l’avons vu récemment à Djambala et bien avant à Ewo, Owando, Madingou, Sibiti, Dolisie; où les interlocuteurs ont toujours été choisi par le gouvernement », a confié Yondot qui ne cache point sa frustration.
Pour B.M qui se déclare militant du MCCDI originel de Bernard Kolèlas, « l’élection présidentielle congolaise n’en est pas une sans les candidats des partis traditionnels qui ont fait entrer notre pays dans l’univers des pays démocratiques dans les années 90. »
« Tenez ! Kigoumbi Kia Mboungou, Destin Gavet, Mavoungou Zinga, Nguanguios Engambet, Vivien Manangou représentent quel poids électoral ? Beaucoup de Congolais mécontent avec le PCT ne pourront même pas voter pour ces prétendus opposants qui n’ont pas pu justifier la source de leur caution de 25 millions de FCFA et les sommes d’argent qui leur permettent de sillonner quelques départements », s’est-il indigné.
Selon lui, ces candidats seront les premiers à parler de la fraude lorsque Sassou N’Guesso sera désigné vainqueur, alors qu’ils savent bien qu’ils ne peuvent pas battre le président sortant qui a une puissante machine électorale à sa disposition.
« Notre pays a besoin d’un dialogue thérapeutique. Le président sera réélu, pas de doute pour ca. Mais quel sera son héritage pour un pays où les uns sont gonflés d’arrogance et les autres sont diminués par la frustration? » s’est demandé B.M.
La majorité contre la majorité : la vraie confrontation
A la vérité, l’élection du 15 mars n’oppose pas Denis Sassou N’Guesso et les quelques 6 autres candidats chanceux qui profitent du processus électoral pour renforcer leur visibilité politique et obtenir un levier d’accès dans certaines sphères de décisions. L’élection oppose la majorité à la majorité. Le PCT, ses alliés et leurs sous-traitants de l’opposition parlementaire.
L’enjeu réel est au sein de la majorité au pouvoir et repose sur le partage du gâteau au lendemain du 15 mars. « Qui a fait quoi ? », « Qui a été vu ici ou là-bas ? », « Qui a soulevé les foules ? », sont des questions qui vont revenir au moment opportun comme la mesure de l’effort des uns et des autres dans la victoire du candidat commun.
Pour s’en convaincre, il suffit d’analyser les slogans des groupuscules qui rivalisent de talents dans la galaxie du président sortant, de s’approcher des bousculades qui suivent la distribution des gadgets de campagne et de scruter les couleurs qui scintillent dans les meetings du candidat-président.
Les couleurs. Traditionnellement, le vert, le jaune et le rouge reflètent les couleurs nationales et dans une certaine mesure les emblèmes du PCT. L’introduction du bleu est une nouveauté. Peut-être même l’un des gestes les plus intelligents et les plus stratégiques de toute la campagne électorale au sein de la majorité.
Les observateurs indépendants ont remarqué le gros bus bleu et les flots humains de même couleur qui ont coulé de Pointe Noire à Ouesso, en passant par Dolisie, Sibiti, Kinkala, Brazzaville, Ngo. C’est une manœuvre de positionnement qui a révélé les efforts de mobilisation de cette composante de la majorité qui peut s’attendre à une tranche considérable lors de la coupe du gâteau.
La couleur est aussi présente dans les messages et slogans. « Les électeurs d’Ongogni promettent 100% pour Denis Sassou N’Guesso », « Madibou se mobilise pour la réélection de Denis Sassou-N’Guesso », « Les habitants de Mfilou 2 appelés à se mobiliser autour du candidat Denis Sassou-N’Guesso », « Les femmes de la Likouala appelées à soutenir le candidat Denis Sassou Nguesso », « Brice Itoua invite les Congolais à se rassembler derrière Denis Sassou Nguesso pour une victoire nette, régulière et éclatante dès le premier tour », sont entre autres des titres vus dans la presse congolaise, mais qui ne sont pas anodins. Ce sont des hameçons qui accrochent l’attention des décideurs.
Derrière, se trouvent des ‘‘chefs d’écuries’’ qui attendent les retombées de la victoire du 15 mars car, généralement, la grande part revient à ceux qui ont réellement mouillé le maillot, même lorsque le match est gagné d’avance.
Photo LECB: Le candidat de la majorité présidentielle en pleine démonstration de force pendant la campagne

