Par Sherys P Ngomaht et Salesh Achille Ngoma
La vente promotionnelle de boissons alcoolisées est désormais interdite au Congo, indique une note circulaire signée et publiée le 10 février par le ministre d’Etat, ministre du Commerce, des Approvisionnement et de la Consommation, Claude Alphonse Nsilou ; pour lutter contre la consommation excessive de l’alcool.
« Il m’est revenu que les producteurs et certains importateurs de boissons se lancent dans des promotions de vente de boissons alcoolisées, incitant les populations à la consommation de boissons de façon immodérée, faisant fi des conséquences graves de l’excès d’alcool sur la santé humaine, » indique le ministre d’Etat dans sa note circulaire, qui n’est pas la première du genre.
Il y a quelques années, rapporte le magazine ‘‘Les Echos du Congo Brazzaville’’, une note similaire a été publiée mais n’a pas été suivie par les mêmes acteurs.
Selon l’esprit de la présente circulaire, un arrêté ministériel serait en préparation pour adresser tous les contours de cette problématique. En attendant sa publication, le ministère du Commerce interdit « toute action promotionnelle consistant à offrir la boisson a un prix inférieur au prix de vente homologué. »
« Les brasseries sont appelées à exercer une concurrence saine et loyale sur le marché, » souligne la circulaire qui interdit aussi « Toute offre supplémentaire de boissons alcoolisées à titre gracieux. »
Sur le terrain, les effets de ces promotions sont très remarquables ; notamment l’accès facile à l’alcool dès le jeune âge avec des répercussions dramatiques sur la société. De plus en plus d’adolescents, parfois en uniforme scolaire, sont aperçus en état d’ivresse dans les lieux publics ; lorsque leurs groupes ne sont pas simplement face-à-face pour des bagarres rangées ; machette, couteaux ou gourdins en mains.
Cette banalisation de l’alcoolisation a d’autres conséquences plus graves comme la baisse des performances scolaires, les comportements sexuels à risques, les violences conjugales, les accidents de la route, la dépendance et les maladies liées à l’excès d’alcool.
« Tout contrevenant aux dispositions de la présente circulaire s’expose aux sanctions prévues par les textes en vigueur », a averti le ministre d’Etat qui souligne dans sa note que « les boissons importées, notamment les bières et les sodas, sont soumises au régime des prix planchers, » déterminés par l’administration du commerce et en dessous desquels on ne peut vendre.
Cette interdiction n’est pas la première dans ce même registre. En octobre 2018, une autre circulaire du ministre Nsilou, une copie presque conforme de celle publiée le 10 février, interdisait déjà la vente promotionnelle de boissons alcoolisées mais elle ne menaçait pas de sanctionner les contrevenants.
« Pour préserver la santé de la population, je rappelle à tous que ces pratiques sont désormais interdites jusqu’à la publication des textes réglementant la promotion des boissons alcoolisées, » écrivait le ministre du commerce il y a six ans, le 2 octobre 2018.
L’on se demande si de circulaire à circulaire ce problème trouvera une solution idoine puisque les vendeurs continuent de défier l’autorité, s’il n’est pas le cas qu’ils profitent simplement d’un vide juridique avéré.
Au Congo, l’alcoolisme et ses corollaires deviennent un problème de santé publique très préoccupant dont les actions préventives sont inexistantes et les traitements onéreux.
Dans une étude menée entre 2014 et 2015, sur les enjeux et l’impact de la consommation d’alcool en milieux jeunes, par Dolabande Daicha Mbongo,la prévalence de la consommation d’alcool était estimée à 61% chez les jeunes adultes et à 22,8% chez les adolescents.
L’enquête portait sur un échantillon de 517 personnes, dont 285 hommes et 232 femmes qui avaient des motivations différentes, notamment la simple envie de boire (61%) ; la dépendance (22%) ; les soucis (12%). Quatorze pour cent de ces personnes étaient des élèves et étudiants, qui ont même confessé l’absentéisme comme conséquence de leur consommation d’alcool.
Photos DR: 1-Le ministre d’Etat, ministre du Commerce, des Approvisionnement et de la Consommation, Claude Alphonse Nsilou 2- Vente de bière a la sauvette 3-Des écoliers consommant l’alccol en public 4- Les notes circulaires jumelles du ministère du Commerce

