Par Achille Salesh Ngoma
En visite de travail dans la capitale sénégalaise ; le premier ministre congolais, Anatole Collinet Makosso a signalé au cours d’une conférence de presse conjointe avec son homologue sénégalais, Ousmane Sonko, le jeudi 12 juin, que le contrat d’affermage accordé à la Socelec pour l’exploitation des services de distribution et de commercialisation de l’électricité au Congo n’était pas définitivement rangé.
« Nous allons nous asseoir avec la Senelec pour examiner les conditions d’opérationnalisation du contrat, qui comporte 41 mesures préalables à résoudre », a-t-il indiqué, annonçant une concertation approfondie pour aplanir les divergences et relancer le partenariat stratégique entre Brazzaville et Dakar.
Signé le 13 février 2025, le contrat a été suspendu deux semaines après à la suite d’une forte pression des syndicalistes, des organisations de la société civile et des activistes des réseaux qui ont dénoncé, à travers ce partenariat, une aliénation de la souveraineté nationale dans l’exploitation et la commercialisation de l’énergie.
Dans les deux chambres du parlement, sénateurs et députés ont soutenu la position des syndicalistes. Un député opposé à ce contrat a déclaré que les signataires et facilitateurs voulaient nuire au président de la république, en créant des remous sociaux à la veille de l’élection présidentielle de 2026.
« Ce qui se passe aujourd’hui au niveau de la SNE [ancien nom de E2C, ndlr] est contre le président. Il faut qu’on en parle! La situation est très grave », avait tonné l’honorable Jean Claude Ibovi, reconnu comme ‘‘le député du peuple’’.
« C’est mal barré ! On suspend tout! » s’était exclamé pour sa part le président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba sous les ovations soutenues des représentants du peuple; en soutien de la position des syndicalistes.
Au mois de mai dernier, le Conseil des ministres a formalisé la suspension de ce contrat, citant « les nombreuses critiques émises dans les médias et sur les réseaux sociaux » ainsi que « certaines zones d’ombre entourant le contrat, ce qui a conduit à cette prudente retenue ».
Jeudi, à Dakar, le premier ministre congolais a reconnu un excès de précipitation dans la signature de l’accord, comme l’avaient déjà dénoncé les syndicalistes en février. « Nous avons confondu vitesse et précipitation », a affirmé Anatole Collinet Makosso qui a avoué devant la presse internationale et les partenaires sénégalais que l’action des syndicalistes et des partenaires sociaux ont déraillé l’entrée en vigueur de l’accord; passé en catimini, selon les agents grévistes de L’énergie électrique du Congo (E2C).
« Les zones d’ombre entourant l’accord et un travail pédagogique insuffisant ont suscité des inquiétudes », a indiqué M. Makosso qui s’est appuyé sur une polémique similaire entre les sénégalais et d’Hydro-Québec dans l’espoir d’ouvrir une brèche pour la compréhension de l’opinion congolaise d’une part et, d’autre part, des partenaires sénégalais qui avaient mal digéré la suspension du contrat d’affermage.
Selon des observateurs, le premier ministre a jeté les dés et attend voir la réaction des agents de E2C, qui ont plaidé pour un « débranchement au poteau » de ce contrat et non un « délestage » momentané. Pour ces observateurs, le premier ministre a, soit testé les syndicalistes qui ont une position radicale contre la cession de la société aux Sénégalais, soit dribblé diplomatiquement les partenaires dont l’agressivité dans la volonté d’obtenir ce contrat fait écarquiller les yeux.
En février et mars derniers, les syndicats en grève ont par exemple dénoncé un Conseil d’administration truffé de représentants sénégalais contre un seul administrateur congolais, quand bien même tous les postes de responsabilité sont occupés par des Sénégalais. L’entreprise manque aussi de capital de départ, indique-t-on.
« Le Monsieur qui a racheté E2C a pris 40 milliards de FCFA ici, au Congo, à la BSCA [Banque sino-congolaise pour l’Afrique, ndlr] ; il n’a rien apporté. C’est une question de souveraineté », s’était indigné le député Ibovi qui ne manquera pas de réveiller les inquiétudes lorsque les deux parties vont asseoir pour examiner les conditions d’opérationnalisation du contrat et valider les 41 mesures préalables.
Photos, Screenshot LDC: Vues de la conférence de presse conjointe des premiers ministres Sénégalais et Congolais, le 12 juin à Dakar

