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Education : La première femme docteure en didactique de philosophie encourage les jeunes filles à faire autant ; « ce n’est pas un miracle »

par les défis du congo
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L’Université Marien-Ngouabi a accueilli, le 6 août dernier, une soutenance de thèse particulièrement marquante pour le monde universitaire congolais, sur le thème « L’application de la théorie constructiviste dans l’enseignement, apprentissage du thème sur ‘‘l’existence et ses problèmes’’ en classe de Terminale littéraire, en République du Congo  » qui a consacré madame Reine Espoire Ngoma-Ndossi comme la première femme congolaise docteure en didactique de la philosophie, avec la mention « Très Honorable ». La recherche orientée vers les difficultés rencontrées dans l’enseignement de la philosophie, la compréhension et l’assimilation par les élèves des problématiques liées à l’existence ; a été menée dans des établissements scolaires de Brazzaville où la chercheuse s’est intéressée aux pratiques pédagogiques et aux moyens de rendre l’enseignement plus accessible et plus efficace.

Dans un entretien exclusif avec ‘‘Les Défis du Congo’’, Mme Ngoma-Ndossi parle des motivations de sa recherche, sa méthode de travail, ses principaux enseignements et sa vision de l’avenir de l’enseignement de la philosophie au Congo.

Propos recueillis par Serge Désiré Koubolo-Kiana

LDC : Docteure, nous vous remercions d’avoir accepté cet entretien avec ‘‘Les Défis du Congo’’. Pouvez-vous dire à nos lecteurs qui vous êtes ?

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RENN : Je vous remercie pour l’intérêt que vous accordez à notre modeste contribution. Je suis docteure Reine Espoire Ngoma-Ndossi, professeure certifiée des Lycées en service au Lycée Nganga Édouard et vacataire à l’École Normale Supérieure de l’Université Marien-Ngouabi où j’enseigne la didactique de philosophie, la docimologie, et un cours sur le micro-enseignement.

LDC : Vous venez de franchir une étape majeure de votre parcours universitaire. Que représente pour vous cette soutenance de thèse et cette reconnaissance académique ?

RENN : Cette soutenance représente une nouvelle vie, un espoir et le début d’une bonne carrière. Ce n’était pas facile d’en arriver là, mais nous y sommes. C’est un grand plaisir pour les parents qui m’ont mis à l’école, qui m’ont soutenu et qui m’ont orienté. C’est un honneur pour mon directeur de thèse qui a cru en moi et en mes engagements.  C’est une fierté pour la nation, pour mes encadreurs et ma famille qui se réjouit de me voir sur ce piédestal dans une société où la femme rencontre encore des difficultés à parachever les études post-universitaires. Nous sommes parmi les femmes qui veulent relever le défi dans les milieux de l’enseignement, en y apportant une nouvelle approche éducative.

LDC : Vous êtes présentée comme la première femme docteure congolaise en didactique de la philosophie. Est-ce l’expression d’un sentiment de fierté personnelle, une responsabilité ou le sentiment d’ouvrir une voie pour les jeunes chercheuses congolaises ?

RENN : Le sentiment qui domine aujourd’hui est d’abord la joie d’être arrivé là où je suis, parce que ce n’est pas le fruit du hasard. C’est la conclusion d’un long parcours jonché d’embuches que l’effort a permis de vaincre. Malgré les difficultés, je suis arrivé à bon port.  Ce que nous pouvons dire aux jeunes est que rien n’est impossible. Il faut seulement croire en soi et le reste suivra. Nous devons aider et accompagner les jeunes pour qu’ils y parviennent aussi.

LDC : Votre thèse porte sur la théorie constructiviste appliquée au thème « l’existence et ses problèmes pour les classes de Terminale littéraire… » Pour nos lecteurs qui ne sont pas spécialistes, pouvez-vous expliquer simplement ce que signifie votre sujet ?

RENN : ‘‘L’existence et ses problèmes’’ est un thème que l’on étudie en classe Terminale. Il est théorique. Lors d’une enquête au Lycée Nganga Édouard, nous sommes parvenus aux résultats selon lesquels il n’y a pas une application adéquate de la théorie constructiviste dans ce chapitre de ‘‘l’existence et ses problèmes’’, simplement parce que les élèves ont du mal à relier ce thème à leur propre vie, et donc nous avons voulu comprendre pourquoi ce thème qui devrai être un thème central ne donne pas l’effet éducatif entendu

Puisqu’on parle de l’existence et des problèmes qui minent la société l’élève devrait être capable de résoudre ses propres problèmes à travers ce thème. Or la théorie constructiviste, seule, ne peut pas rendre compte de   toute la dimension humaine de l’apprentissage. Pour cela, nous avons estimé qu’il fallait conjuguer avec une autre approche qui est la phénoménologie, ce qui nous donne un constructivisme phénoménologique, en associant le constructivisme de Jean Piaget et la phénoménologie d’Edmund Husserl. Ce qui revient à dire que l’élève et l’enseignant doivent être complémentaires pour construire leurs connaissances ou encore leur savoir. L’enseignement n’est plus envisagé comme une transmission extérieure, mais comme un accompagnement du processus par lequel le sujet donne un sens au monde.

 L’enseignant ne doit pas venir en classe avec des recettes toute faites et les donner aux apprenants, mais l’apprenant doit aussi contribuer au processus d’acquisition de ses connaissances.

LDC : Votre recherche s’est appuyée sur des études de terrain menées dans des Lycées de Brazzaville, notamment au Lycée Nganga Édouard. Pourquoi était-il important pour vous de confronter votre réflexion théorique à la réalité des salles de classe ?

RENN : Pendant un bout de temps, j’ai passé un stage pratique au Lycée Nganga Édouard ; l’observation est partie de là. Le chapitre sur ‘‘l’existence et ses problèmes’’, capital pour la formation des futurs bacheliers est étudié vers la fin de l’année scolaire, en mai ou en juin. Or à ce moment, le temps presse et le thème devient un chapitre à réciter vite fait. Du coup, les élèves ont du mal à faire une projection des notions reçues dans la vie pratique puisque les enseignants n’ont même pas esquissé une transposition du thème dans la vie des apprenants alors que le chapitre aborde les questions très essentielles comme la morale, l’existence et la liberté, entre autres.

Une enquête approfondie nous a permis de nous rendre compte qu’il n’y a pas une bonne utilisation et bonne application de la théorie constructiviste dans le chapitre de ‘‘l’existence et ses problèmes.’’ Nous avions pensé que c’était l’occasion de creuser pour en savoir plus et proposer des solutions.

LDC : Comment avez-vous procédé sur le terrain : observation de classe, entretiens avec les enseignants, questionnaires auprès des élèves, analyse de copies ou autres méthodes ?

RENN: Deux méthodes ont suffi : le questionnaire et l’observation des cours.

LDC : Après plusieurs années de recherches, quel est le principal enseignement que vous retenez de votre travail ?

RENN : Je retiens que le travail de terrain n’est pas facile, parce que la collecte des données est une étape épuisante. Il y a des sources qui demeurent fermées, limitant les chances de faire aboutir l’enquête en accord avec les anticipations. Lorsque l’enquête coince, la récolte des données est limitée, mais le chercheur ne désarme pas. Il faut persévérer pour convaincre les personnes à enquêtées.

LDC : Pensez-vous que les résultats de votre recherche pourraient contribuer à une évolution des méthodes d’enseignement de la philosophie au Congo ?

RENN : Tout à fait. Nous avons proposé un modèle de fiche pédagogique qui serait appliqué au cours sur ‘‘l’existence et ses problèmes’’. Nous suggérons que l’INRAP ou encore le Ministère en charge de l’éducation prennent cela en compte. C’est un modèle plus pratique qui transcende la théorie. Sa spécificité réside dans le rôle de l’enseignant, à faire d’abord sa propre phénoménologie à partir de son expérience vécue pour mieux comprendre le phénomène en actuel.

LDC : Votre parcours constitue également un symbole pour les femmes congolaises qui souhaitent embrasser une carrière scientifique. Avez-vous rencontré des obstacles particuliers en tant que femme chercheuse ?

RENN : Bien évidemment, les obstacles ne manquent pas, mais il ne faut pas se victimiser aussi. Le milieu universitaire est très compliqué, lorsqu’on s’engage dans la recherche il faut avoir un moral de fer et mettre de son côté toutes les possibilités qui accompagnent le travail. On parle des finances et beaucoup d’autres détails qui vont avec. Cependant, il nous faut encourager d’autres femmes à affronter et vaincre ces obstacles.  On ne se décourage pas, au contraire il faut entrer dans cette marche valeureuse.

LDC : Que faudrait-il faire pour encourager davantage de jeunes filles congolaises à s’engager dans la recherche universitaire et scientifique ?

RENN : Leur dire que c’est d’abord une question de volonté individuelle, car un parent peut orienter un enfant mais si ce dernier n’a pas la même vision, il n’en résulterait rien de concret. C’est donc soi-même en fait, connaitre ce que l’on veut faire et ce que l’on veut devenir.

LDC : Quel message adressez-vous aux étudiantes qui hésitent encore à poursuivre jusqu’au doctorat ?

RENN : N’hésitez pas, il faut venir, il y a peu de femmes qui inscrites. Par exemple, au département de philosophie à l’ENS, je suis l’unique dame jusqu’à présent, et je me demande pourquoi les autres ne veulent pas oser faire la même chose.

LDC : Maintenant que vous êtes docteure, quelles sont vos prochaines priorités scientifiques ?

RENN : Ma priorité scientifique est d’appliquer ce cours au niveau du Lycée et même au niveau de l’université, à l’ENS, parce qu’on constate que les enseignants ont du mal au à relier ce thème a la vie pratique parce depuis la formation initiale à l’Ecole Normal Supérieure ne prévoit pas ce cours. La priorité serait de commencer à enseigner ce cours à l’ENS pour donner la chance aux futurs enseignants de mieux l’appliquer à ‘‘l’existence et ses problèmes’’. L’autre idée pressante est la formation des enseignants à la méthode d’exploration critique, pour qu’ils deviennent des pédagogues qui font construire par les élèves en utilisant le dialogue et la discussion comme moteur d’apprentissage.

LDC : Souhaitez-vous transformer votre thèse en ouvrage ou outil pédagogique destiné aux enseignants et aux élèves ?

RENN : Bien évidemment. D’ailleurs nous avons un article dans le même esprit. Ceux qui voudront le lire pourront nous contacter. Il y a un deuxième qui est en vue sur le constructivisme phénoménologique et nous allons continuer à écrire et à partager avec les enseignants et le grand public.

LDC : À la jeune fille congolaise qui rêve aujourd’hui de devenir chercheuse, quel message personnel ?

RENN : Les encouragements. J’encourage les jeunes filles à faire autant, ce n’est pas un miracle, c’est au bout de l’effort que nous sommes là.

LDC : Madame la docteure, votre recherche porte sur l’existence et ses problèmes. Qu’est-ce qui donne aujourd’hui un sens à votre propre existence de chercheuse ?

RENN : Être docteure en didactique, avec une nouvelle théorie du constructivisme phénoménologique car que je suis la première au Congo à avoir abordé ce thème.

LDC : Nous sommes à la fin de notre entretien. Quel est votre mot de fin ?

RENN: J’encourage les jeunes femmes à lire, beaucoup lire, à beaucoup travailler, à donner le meilleur d’elles-mêmes, de venir à l’université. Il ne faut pas laisser la place aux autres pour demeurer derrière les hommes. Non ! Le foyer n’empêche pas, je reviens encore sur ça, le foyer n’empêche pas de faire de longues études. La dame qui veut devenir chercheuse a toutes les cartes. Tout est possible.

Photo DR: Docteure Reine Espoire Ngoma-Ndossi

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1 commentaire

Ghislain Aymard août 14, 2026 - 8:26 pm

Satisfait de la publication

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