Le ministre congolais de la Jeunesse et des Sports, Hugues Ngouelondélé, a tenté lundi, lors d’une conférence de presse organisée à Brazzaville, de banaliser la sanction que la fédération internationale de football association (FIFA) a infligée à la fédération congolaise de football (FECOFOOT), avant d’essayer d’en tirer profit.
« Le Congo est un pays souverain et lorsque son drapeau est souillé à cause du football, le patriotisme s’impose et il ne s’agira pas de protéger certains individus car ce sport est national, », a déclaré le ministre des Sports avant de se demander si cette sanction « ne constitue pas une opportunité permettant de rompre définitivement avec les déviances du passé et bâtir une nouvelle gouvernance du football. »
Il estime d’ailleurs qu’il serait décent de « faire une pause afin de revenir en force comme c’était le cas en 1968, » lorsque le gouvernement avait retiré l’équipe nationale des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations 1970 à cause des contre-performances. Seulement, le ministre n’a pas indiqué ni expliqué les raisons du manque de résultats qu’il a bien fait de constater.
« A notre retour en 1972 à Yaoundé au Cameroun, nous avons remporté la CAN. A un certain moment, il faut savoir reculer pour mieux sauter. Nous devrons utiliser cette suspension comme une opportunité pour revenir sur de nouvelles bases », a indiqué Hugues Ngouelondélé avant de marteler qu’il faut « mettre le diable hors d’état de nuire. » Il n’a pas désigné qui était ce diable.
Le membre du gouvernement estime que depuis 2018, les résultats du football congolais sont nuls et que le championnat national ne ressemble plus à rien, contrairement aux années antérieures où du beau monde affluait dans les stades pour vivre des émotions. Il relève donc une série de faiblesses qu’il met sur le compte de la fédération pour ainsi justifier ses griefs contre le président élu Jean Guy Blaise Mayolas.
« Il ne s’agit pas seulement d’avoir une fédération mais celle-ci doit travailler et produire des résultats pour l’honneur du pays », a-t-il accusé avant de foncer dans une série de questions qui tournent les regards sur la fédération.
« Depuis 2018, quels sont les résultats du football congolais ? Lorsque le championnat national ne marche pas, qui est le responsable ? Est-ce que le championnat est organisé par le ministère ? Nous avons une équipe qui est toujours championne au niveau national depuis six ans mais, sur le plan continental, elle ne gagne même pas deux matches. Notre équipe nationale est remplie des joueurs de la diaspora au moment où elle devrait être composée essentiellement des joueurs du championnat congolais, est-ce normal ? » a-t-il indirectement accusé.
Cette tirade semble indiquer le début d’un bras de fer compliqué entre le ministère des Sports et la FIFA. Pour le bénéfice de qui ?
Le public congolais a été surpris, le 6 février, par un communiqué de la FIFA annonçant la suspension immédiate de la Fédération Congolaise de Football (FECOFOOT) pour violation des textes et ingérence de tierces parties dans les affaires de la fédération. La fédération internationale semblait pointer le ministère des Sport sans le nommer, puisque celui-ci est dans un conflit ouvert avec le président de la FECOFOOT Jean-Guy Blaise Mayolas, pour le contrôle de l’organe chargé de la gestion du Football national.
« La FECOFOOT est suspendue avec effet immédiat en raison de l’ingérence de tierces parties dans les affaires de la fédération, une situation particulièrement grave qui va à l’encontre des obligations de la FECOFOOT au regard des Statuts de la FIFA. Cette décision a été prise en accord avec la CAF, après que deux missions conjointes FIFA/CAF ont été dépêchées à Brazzaville », indiquait la FIFA dans son communiqué largement repris par les médias.
Cette décision plombe la participation des jeunes congolais à la CAN U17 qui pointe à l’horizon, et celle de l’équipe A aux éliminatoires du Mondial 2026. Déjà, le Congo était sous le coup d’une disqualification du CHAN 2025 pour violation de nombreux articles des règlements de la FIFA et la CAF.
Cependant, la nouvelle sanction du Congo est annulable si les autorités congolaises obéissent aux recommandations de la fédération internationale.
Pour lui éviter le pire, la FIFA a simplement exigé au ministère des sports de rendre à la FECOFOOT l’intégralité de ses infrastructures notamment son siège, le centre technique d’Ignié et toutes les autres installations ; de renoncer à toute tentative de modification des signataires autorisés des comptes bancaires de la fédération et laisser la gestion financière entièrement rétablie en faveur des personnes reconnues par la FIFA et la CAF.
De plus, la Fifa a sommé le Congo d’invalider toute décision judiciaire ou administrative accordant à la commission ad’ hoc un contrôle ou une autorité quelconque sur la FECOFOOT et enfin de coopérer pleinement pour permettre à la fédération de gérer ses affaires courantes sans subir d’influence.
Le bras de fer est effectif et le bout du tunnel ne semble pas se rapprocher. Le langage de sourds est, lui aussi, engagé.
Photo DR/Adiac: 1–Le ministre congolais de la Jeunesse et des Sports, Hugues Ngouelondélé 2-Le président de la FECOFOOT Jean-Guy Blaise Mayolas 3- Les Diables Rouges du Congo

