Plus aucune loi ne protège l’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC) et sénateur à vie Joseph Kabila Kabange d’une interpellation devant le parquet ; ses immunités ont été levées jeudi, le 22 mai à Kinshasa par les sénateurs à l’issue d’un vote majoritaire de 88 voix contre 5, a rapporté la télévision nationale RTNC.
Ce vote donne donc une valeur juridique à la demande, fin avril, de l’auditeur général des Forces armées de la RDC qui a accusé l’ancien président congolais de complicité avec les mouvements rebelles AFC/M23, de crimes de guerre, et contre l’humanité.
Pour soutenir ces accusations, l’auditeur général s’est appuyé sur l’audition d’Éric Kumba, ancien conseiller de Corneille Naanga, qui a affirmé « avoir été témoin d’un entretien téléphonique entre Joseph Kabila Kabange et Corneille Naanga au sujet d’un projet de renversement des institutions. »
Le 20 avril dernier, à travers un tweet sur son compte officiel X, le ministre de la justice Constant Mutamba a confirmé « les poursuites judiciaires contre M. Joseph Kabila et ses complices responsables du PPRD/FCC pour leur participation directe à l’agression rwandaise dans l’Est du pays à travers le mouvement terroriste AFC/M23 ».
Il a également affirmé que « les mesures de saisie de leurs biens mobiliers et immobiliers ainsi que de restriction de leurs mouvements restent de stricte application. Dura lex sed lex (la loi est dure mais c’est la loi, ndlr). »
Sur son compte X où il se décrit comme un « passionné de mon pays et de son peuple, panafricaniste », l’homme qui a promis de parler aux Rd Congolais vendredi soir a démonté son calme et réagi à la levée de ses immunités en en prenant acte.
« Je prends acte de la décision du Sénat de lever mes immunités. Ce geste, orchestré dans la précipitation et sans respect des équilibres institutionnels, n’est pas un acte de justice. C’est une manœuvre politique désespérée, dans un contexte de panique généralisée au sommet de l’État. Je n’ai jamais fui mes responsabilités, ni devant le peuple, ni devant l’Histoire », a réagi Joseph Kabila Kabange.
« Je n’ai pas besoin d’immunité pour faire face – mais ceux qui me désignent aujourd’hui comme cible devraient déjà réfléchir à ce qu’ils répondront demain. Car ce pays n’est pas amnésique. Il sait qui a construit, et il sait qui détruit. À ceux qui croient que lever mes immunités, c’est effacer leur échec : vous vous trompez. La vérité ne se vote pas. Elle s’impose. Et elle viendra, » a poursuivi l’ancien président devenu Sénateur à vie.
Le 18 mai dernier, l’ancien président Rd Congolais, toujours sur sa page X où il semble très actif, a identifié le problème et la solution de la crise dans son pays. « Le problème au Congo, c’est Félix Tshisekedi. La solution, c’est aussi Félix Tshisekedi, » avait-il écrit.
Le ministre de la Justice Constant Mutamba qui n’attendait que ce vote du Sénat peut désormais engager des poursuites judiciaires à l’encontre de son ancien mentor Joseph Kabila Kabange qu’il il a juré de mettre sous les barreaux.
Mais ce rêve pourrait se transformer en cauchemar ; les deux hommes pourraient, dans les mois qui suivent, partager le même destin dans la prison de Makala. Constant Mutamba est accusé d’avoir détourné plusieurs millions de dollars américains à de fins personnelles.
Le 21 mai dernier, le procureur général près la Cour de cassation a saisi l’Assemblée nationale pour obtenir la levée des immunités du ministre de la Justice, Constant Mutamba « pour détournement présumé de près de 20 millions de dollars concernant un projet de construction d’une prison à Kisangani. »
D’ailleurs, dans un précédent tweet sur le réseau social X daté du 16 mai, Joseph Kabila Kabange a publié une diatribe à l’attention de son ancien disciple.
« Il voulait construire une prison, il a fini en prison ! », avant d’ajouter « Mesdames et messieurs, asseyez-vous. C’est l’histoire d’un ministre de la Justice populiste et voleur, tombé dans son propre piège ! »
Photos DR/Senat RDC: Une plénière du Sénat 2-Le sénateur Joseph Kabila Kabange 3- Le ministre de la Justice Constant Mutamba

