Par Cyr Yoba et Achille Salesh Ngoma
La résidence diplomatique de la République du Congo en République démocratique du Congo a été attaquée et vandalisée, mardi à Kinshasa, dans une action apparemment bien préparée et coordonnée par un mouvement de jeunesse qui appelait à une “journée ville morte” ayant basculée en scènes de casses et d’incendies, pour dénoncer l’inaction de la communauté internationale face à la récente incursion des rebelles du M23 dans la ville stratégique de Goma à l’Est du pays.
Dans des vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux, une foule est vue en train d’éventrer le portillon sans sécurité de la résidence diplomatique. D’autres vidéos montrent des vandales saccageant des biens ou emportant des objets personnels.
Cette folie incendiaire n’a pas seulement touché le Congo Brazzaville. La France, la Belgique, les Etats Unis, le Rwanda, l’Ouganda et le Kenya ont aussi connu la rétribution de l’armée de pyromanes et casseurs, dont des centaines avaient pris d’assaut des artères du centre ville de Kinshasa et du quartier huppé de la Gombé, sur des motos.
Selon des déclarations de quelques vandales, l’opinion Congolaise de Kinshasa ne tolère pas le rapprochement diplomatique et économique entre Brazzaville et Kigali. Les autorités des deux pays n’ont pas fait de déclaration jusqu’à la fin de la journée. Des tractations diplomatiques sont certainement en cours.
A date, les relations entre les deux Congo, empreintes de convivialité et de fraternité, ne pouvaient présager cette montée soudaine de “moutarde”. Il y a seulement un mois, les présidents Denis Sassou Nguesso et Felix Tshisekedi se sont rencontrés à Brazzaville. Dans leurs entretiens, ils ont évoqué de nombreux sujets d’intérêt commun dont la finalisation du projet de construction d’un pont rail-route sur le fleuve Congo, permettant ainsi de rapprocher davantage les deux capitales les plus proches du monde.
Le 6 janvier, lors de la présentation des vœux du corps diplomatique à l’occasion du nouvel an, le président Denis Sassou Nguesso, a plaidé pour un face à face constructif entre les présidents Félix Antoine Tshisekedi de la RDC et Paul Kagamé du Rwanda.
« J’ose espérer que les initiatives menées qui ont déjà permis de créer les conditions de dialogue avec la République du Rwanda conduiront à des entretiens directs entre les plus hautes autorités des deux pays », avait déclaré Denis Sassou Nguesso, dans sa réponse au message de vœux des diplomates accrédités au Congo.
D’autre part, la RDC accuse le Rwanda et l’Ouganda de soutenir activement le M23 en contrepartie du pillage silencieux du sous-sol de l’Est du pays. Le Rwanda, quant à lui, rejette ces accusations en renvoyant la balle à Kinshasa qui, selon Kigali, collabore avec les miliciens Wazalendo et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), que le gouvernement du président Kagame considère comme une menace pour leur intégrité territoriale.
Or les accusations de la RDC sont appuyées par des rapports de l’ONU, qui indiquent l’existence d’un soutien militaire rwandais au M23, un “groupe terroriste” selon Kinshasa. De l’autre côté, le Rwanda, qui nie en bloc les allégations Onusiennes, explique que le M23 est une rébellion Congolaise.
Les événements de mardi à Kinshasa, dont le bilan exhaustif n’est pas encore établi, ont les allures d’un coup de semonce qui devrait réveiller la communauté internationale, afin d’accompagner les pays en conflit vers un règlement pacifique de leur différend. La paix dans la sous-region y dépend.
Photos DR: Quelques scènes d’incendies et de vandalisme mardi à Kinshasa, RDC

