Il y a quelques jours, au village Bikouka, dans le district de Yamba (département de la Bouenza; la population a recruté un homme doué de pouvoirs mystiques pour abattre un arbre considéré comme “le marché nocturne des sorciers”.
Dans une vidéo publiée sur la page Facebook “Yamba Debout”, un homme en tenue rituelle rouge-noire et coiffé d’un chapeau traditionnel en raphia est vu, en train de donner des coups de hache dans un arbre peu ordinaire aux racines tentaculaires.
«Filmez! Publiez! Filmez! Publiez! », peut-on entendre crier un spectateur noyé dans le boucan d’une foule en extase qui espère célébrer la fin des malédictions, des échecs et de décès inexpliqués dans leur communauté.
Un autre extrait de vidéo, apparemment la suite du premier document, montre le ritualiste entouré par plusieurs habitants du village, brandissant des objets rituels et personnels qu’il aurait recouvert à l’issue de l’abattage de l’arbre mystique; notamment des billets de banque, des cheveux, des sous-vêtements, des préservatifs utilisés, des canaris, entre autres.
«Filmez! Publiez! Filmez! Publiez! », criait encore l’un des leaders de ce rassemblement populaire pendant que le féticheur continuait à déballer sa trouvaille.
Ce phénomène qui peut paraître illusoire est réel dans de nombreuses communautés du Congo où des arbres, des lacs, des rivières servent de lieux de cultes sataniques. Les sorciers s’y rencontrent, y tiennent des réunions que seuls les initiés ont le pouvoir d’observer.
Dans ces mêmes endroits sont stockés et conservés mystiquement des objets personnels d’individus victimes d’envoûtements. Il peut s’agir des cahiers ou des stylos pour les écoliers, des sous-vetements, des chaussures, des diplômes, out tout autre objet pouvant créer la connexion au plan mystique avec la victime du mauvais sort.
Pour conjurer le sortilège, les populations animistes ancrées dans la spiritualité traditionnelle africaine ont recours à des hommes ou des femmes initiés aux rites traditionnels pour organiser des cérémonies de désenvoutement individuel ou collectif. La destruction de l’autel des sorciers est toujours la première étape de ce processus qui peut parfois être dangereux pour l’officiant, aussi bien que pour les personnes recherchant la délivrance.
L’abattage des arbres mystiques est l’un des rituels courants dans plusieurs contrées du pays.
«Si vous ne dites pas des prières et ne faites pas des rituels, vous ne serez pas capables d’abattre ces arbres, vous ne pouvez pas résister plus de 5 minutes sous les eaux », a confié le témoin d’une scène de ce genre qui a eu lieu dans les années 80, au quartier Kinguébé à Dolisie, troisième ville du pays.
Selon ce témoin qui a vécu dans le quartier Tsila, les sorciers régnaient en maître et avaient pour lieux de cultes des palmiers, des manguiers, des baobabs et même le Lac Thomas (du nom d’un ancien exploitant forestier français, propriété de la scierie SCUB au quartier Lisanga).
« A Kinguébé, devant la maison du notable reconnu dont je ne cite pas le nom pour la dignité de sa famille, les adeptes de la secte des Ngundzas ont pu abattre un baobab duquel on pouvait voir gicler un liquide frais et visqueux comparable au sang humain. Des chats, des cafards et des rats s’y échappaient aussi. Il y avait même des cahiers, des livres, des stylos et des tenues d’écoliers enfouis dans le tronc de ce gros baobab », a-t-il assuré.
Photo screenshot: Un féticheur en train d’abattre l’arbre considéré comme le temple des sorciers à Bikouka

